Par Justine Blanchette-Sirois 
Ils marchent pour quoi? demandent plusieurs au matin du 27 septembre. Ils marchent pourquoi? demandent d’autres le lendemain.
La réponse, parce qu’il n’y en a qu’une seule pour les deux questions, est que nous marchons pour quelque chose de plus grand que nous. On marche pour un gouvernement qui écoute sa population, qui tient ses promesses. On marche pour demain, pour les générations futures, pour nos océans, pour nos montagnes, pour nos rivières, pour notre planète. On marche parce que c’est pacifique, parce que ça nous unit, parce que ça montre qu’on ne se laissera pas faire.
Lorsque jeunesse se lève, les yeux se détournent, les oreilles se ferment, les bouches parlent plus fort pour enterrer une voix qui a raison de s’élever. À raison parce qu’elle en devient la première victime, K.O. total, échec et mat. Comment voir plus loin que des ouragans innombrables? Comment voir plus haut que des arbres rasés au sol? Comment voir plus profond que des océans remplis de déchets? On marche pour une planète où il fait bon vivre, où le but n’est pas uniquement de survivre.
On dira que les jeunes exagèrent, que les changements climatiques ne sont pas réels, qu’ils sont une autre invention de ces fameux «fake news». On dira aussi qu’ils sont incohérents, qu’on a vu une bouteille d’eau parmi les 4000 personnes présentes à la marche à Trois-Rivières, qu’on a retrouvé un papier d’emballage par terre après leur passage. Parce que rabaisser les autres pour se sentir mieux est un sport que l’humain pratique depuis avant même la naissance des Jeux Olympiques. Que de critiquer ces oublis est de passer cent pieds à côté du but de la marche et de prouver son utilité. On marche pour les sceptiques, on marche pour les amers, on marche pour ceux qui ne veulent pas embarquer dans ce mouvement si nécessaire.
Il n’est plus question de qui a des pailles réutilisables ou qui mange le plus bio, cette époque est révolue. Détrompez-vous, je ne stipule pas que les actions quotidiennes de tous et chacun ne sont pas importantes dans ce mouvement, je dis plutôt qu’elles ne suffisent plus. Il est grand temps de s’occuper de l’éléphant dans la pièce. À quand les réformes environnementales des grandes compagnies? Nous avons fait les nôtres avec nos sacs Métro réutilisables, avec nos lingettes démaquillantes lavables, il est grand temps que cela aille dans les deux sens. Nous vivons dans une ère de progrès technologiques phénoménaux, je ne peux pas croire qu’il soit impossible de réduire une fraction des émissions de dioxyde de carbone produits par des usines. D’utiliser une méthode de transport de marchandises qui ne dépend plus d’énergies non-renouvelables.
Mais nous marchons aussi motivés par l’espoir, la confiance et le rêve d’une utopie écologiste dans laquelle notre planète n’est plus victime de nos caprices. On marche pour nos enfants qui seront les dirigeants d’après-demain et les manifestants de demain, prêts à se soulever lorsqu’ils sentent une injustice envers leur génération et celle qui viendra après eux. Ils nous demanderont d’avouer nos torts, et nous le ferons, parce que c’est ça, être un adulte. C’est avouer ses torts, s’excuser à ses enfants, et s’assurer de les corriger. C’est humain, de faire des erreurs. C’est stupide, de les refaire et les refaire et les refaire.
On marche pour quelque chose de plus grand qu’aujourd’hui, on marche pour demain.
Justine Blanchette-Sirois

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