Journal Perso II : Solitude, Capitalisme et Pouvoir

Par Augustin Levesque-Mongrain 
Vald, de son vrai nom Valentino Le Du, continue d’être aussi productif. Après la sortie de NQNT33 durant le mois de septembre 2018, VALD amorce un retour engagé avec Ce Monde est cruel, album sorti le 11 octobre 2019. L’œuvre musicale contient 16 titres pour une durée de 56 minutes 29 secondes. Cependant, cette chronique se concentrera sur l’unique et mélancolique Journal Perso II, chanson qui à mon sens, mérite que l’on traite à part des autres.
Avant même d’avoir dit un seul mot, l’artiste français place une référence au titre Journal Perso, paru en 2011 en citant Page 1, chapitre 1 qu’il a actualisé dans Journal Perso II pour Page 2, chapitre 2. La chanson de 2011 brosse le portrait pessimiste du monde qui entoure l’artiste et la chanson analysée dans cette chronique est sa suite. Au niveau de sa structure, cette œuvre musicale ne contient aucun refrain. Pour les fans de rap, une chanson sans refrain sort non seulement de l’ordinaire, mais a souvent du mal à se faire aimer puisque souvent le refrain est ce qui accroche l’auditeur. Heureusement, avec Journal Perso II, c’est tout le contraire qui s’est produit. Aussi, le fameux drop, endroit souvent associé à l’apparition fracassante de la batterie et des autres instruments dans la trame instrumentale arrive tardivement dans la partition. Dans le monde du rap, le drop arrive normalement très tôt dans une chanson. Or, les producteurs Sofiane Pamart et Seezy ne l’utilisent qu’à la 80e seconde. Cela créé comme effet de mettre en avant les paroles du rappeur français. C’est un procédé qui se retrouve aussi chez le groupe Columbine, avec leur chanson Les Prélis (2016), qui utilise le drop pour la première fois à plus de deux minutes trente secondes.
Sur ce premier single sorti en septembre 2019, le rappeur français décrit son état actuel dès le premier vers du premier couplet: « Ouais, ma vie c’est le Truman Show ». Cela fait référence au film The Truman Show, sorti en 1998 avec Jim Carey qui joue le rôle d’un homme qui est enfermé dans une fausse ville qu’il croit être la réalité puisqu’il y a grandi toute sa vie et n’en est jamais sorti. Ce que l’artiste tente de faire comprendre à l’auditeur c’est qu’il est renfermé sur lui, qu’il se sent seul, isolé et différent des autres.
Cette chanson se concentre aussi sur le capitalisme. Ce modèle économique est la raison pour laquelle Vald s’enferme chez lui et ne se sent pas à sa place dans ce monde. Comme expliqué dans Journal Perso II, l’argent et le sexe, objectif très prisé dans la société, ne fait pas nécessairement le bonheur même quand on les obtient. Ensuite, par l’entremise de l’expression bénef’, il critique les grandes multinationales, les gouvernements et les richissimes milliardaires d’avoir une emprise sur le monde qui fait souffrir le continent africain et asiatique en rependant la famine tout ça dans le but de faire de l’argent. Parlant de ces grands dirigeants, Vald leur envoie une autre flèche : « Les créateurs et gardiens d’la matrice, à chaque poste de pouvoir, quelqu’un d’la famille ». Ce que Vald tente d’illustrer c’est qu’un petit groupe de personnes possèdent le pouvoir et se le transmette entre eux sans en donner aux autres. À mi-parcours dans l’écoute de la chanson, le rappeur originaire d’Aulnay-sous-Bois se sent utilisé : « Ouais, populace manipulée, au profit de qui ? Ce n’est pas stipulé ». Certains connaisseurs de Vald pourraient aisément affirmer que l’auteur parle de théorie du complot, lui qui a souvent abordé ce sujet dans le passé dans ses textes. Ici, je crois qu’il pose un regard sur l’exploitation de la société capitalisme. En effet, la population serait maniée pour remplir l’objectif premier de ce système économique, soit faire du profit. Or, cet argent que l’on dépense pour vivre dans la société capitalisme, on ignore la plupart du temps elle finit dans les poches de qui. Cependant, il est raisonnable de penser que cet argent va « aux créateurs et gardiens de la matrice », donc, l’argent va à ceux qui ont le plus de pouvoir. Plus d’argent signifie plus de pouvoir.
Après la sortie du titre, un vidéoclip est réalisé quelques jours après sur la chaîne YouTube de Vald et cumule après un peu plus d’un mois et demi plus de six millions de visionnements.
Bref, cette chanson s’inscrit très certainement dans les annales de Vald qui a su cerner ses problèmes personnels et en faire ressortir le côté humain. Je vous conseille fortement d’aller visionner le vidéoclip et aussi d’aller surfer sur cet album de qualité qu’est Ce monde est cruel.

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