L’avortement, un enjeu réitéré

De nos jours, la présence d’enjeux dans notre société est définitivement la raison parfaite pour débattre de notre opinion en faisant appel à ses valeurs personnelles. Par exemple, l’avortement est un enjeu qui, encore aujourd’hui, mitige notre société.  Étonnamment, la manière d’administrer cette intervention médicale aux États-Unis n’est toujours pas réglée.  Pourquoi l’avortement pose-t-il toujours un problème aux États-Unis, alors qu’on en parle depuis si longtemps?

Tout d’abord, est-ce qu’on devrait laisser des hommes, qui se retrouvent biologiquement dans l’impossibilité de porter un enfant naturellement, décider de la validité de l’avortement?  Il y a ici deux points de vue s’attachant aux valeurs morales à propos de l’accès à cette pratique médicale.  D’une part, la femme portant l’enfant devrait être libre de mettre fin à sa grossesse, puisque c’est son corps et qu’elle en est la seule responsable.  D’autre part, l’avortement serait simplement le meurtre d’un enfant qui ne verra jamais la lumière du jour.  Comment une société divisée peut-elle choisir entre la liberté d’une femme ou bien la vie d’un enfant?

Par la suite, est-ce moralement adéquat, en tant que gouvernement, de promettre une récompense à celui qui ose dénoncer une personne qui aide les femmes à avorter?  C’est pourtant ce que proclame une nouvelle loi texane entrée en vigueur, pas plus tard que le 1er septembre 2021.  Cet état conservateur interdit d’avorter dès que l’embryon développe des battements de cœur, moment où pratiquement aucune femme ne pense être enceinte.  En bref, il est dorénavant quasiment impossible d’avorter légalement au Texas.  De plus, selon cette loi, l’exception des cas d’incestes ou de viols ne serait pas prévue, à moins que la vie de la mère soit en danger.  Voilà qu’un revirement de situation se présente le jeudi 9 septembre : le gouvernement de Joe Biden demande de « geler » cette loi pour que toutes les femmes texanes aient le droit de mettre fin à une grossesse non désirée.  Comme droit de réplique, le gouverneur du Texas, Greg Abbott, a simplement dit que le président américain tentait, par sa poursuite en justice, de « détourner l’attention des évacuations désastreuses d’Afghanistan et de sa politique migratoire inconsciente ».  Comme changement de sujet, c’est bien, mais comme argument, il aurait pu trouver mieux.

Parlant d’arguments, quels sont les motifs qui poussent certains gouverneurs à interdire l’avortement?  Peut-être que la réponse réside plutôt dans la difficulté à offrir ce service et dans le financement de celui-ci? En termes de disponibilité du service, on pourrait croire qu’il n’y a simplement pas assez de cliniques pour fournir à la demande.  Effectivement, une femme doit parcourir en moyenne plus de 160 km[1] pour se rendre à une clinique d’IVG.  En fait, plus de milles établissements offrant ce service ont disparu entre 1992 et 2002[2] à cause de la pression que le gouvernement exerçait sur ceux-ci.  C’est par l’entremise de l’imposition de mesures de sécurité irrationnelles, qui n’ont d’ailleurs rien à voir avec la sécurité des femmes enceintes, que le gouvernement a volontairement forcé des cliniques à fermer leurs portes.

Le financement de l’avortement est donc la dernière cause qui pousserait de nombreux états à en restreindre l’accès.  À première vue, nous sommes chanceux ici, au Québec, d’avoir recours à l’assurance maladie, on doit donc prendre compte du système médical des États-Unis pour comprendre les frais qui y sont liés.  Depuis décembre 2017, la pilule abortive Myfegymiso est offerte gratuitement dans notre province, méthode d’avortement coûtant de 300$ à 400$[3].  Toutefois, cette manière d’interrompre une grossesse de neuf semaines et moins est énormément moins coûteuse qu’une intervention chirurgicale.  Chez nos voisins les américains, il en coûte environ 600$ US pour se faire avorter, tout dépendamment du statut, public ou privé, de l’établissement de santé, et de la forme d’anesthésie utilisée.

En bref, si les états ont intentionnellement fermé des centaines de cliniques, on pourrait croire que c’est à cause du manque de financement, vu les coûts importants que l’avortement implique.  Au contraire, dans plusieurs États, c’était plutôt la femme enceinte qui devait prendre en charge cette somme exorbitante, ensuite perçue par le gouvernement.  Ainsi, si l’avortement est une source de revenu pour l’État, pourquoi l’interdire?

En conclusion, vu les coûts assez élevés d’un avortement aux États-Unis, pensez à toutes les grossesses indésirées qui se sont poursuivies à l’insu de la mère.  Plusieurs enfants ont dû naitre dans un environnement non sécuritaire et se sont donc retrouvés entre les mains des services sociaux.  Ne croyez-vous pas que le Child Protective Service en a déjà assez sur les épaules et que l’interdiction d’avorter a comme conséquence, parmi tant d’autres, de saturer leur système?

Florence Branchaud, Sciences, lettres et arts

 

[1] « Les lois sur l’avortement aux États-Unis – 10 choses à savoir » Amnistie internationale (11 juin 2019)

[2] Corine Lesnes, « Une décision qui attisera la « guerre » sur l’avortement » Le Monde, (2 novembre 2005, p.4)

[3] « La pilule abortive gratuite disponible au Québec dès vendredi », Radio-Canada, (18 juin 2019)

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